Peut-on intégrer la réalité virtuelle immersive dans un programme de restauration fonctionnelle du rachis, et les patients comme les soignants l’adoptent-ils ? C’est la question à laquelle répond l’étude VRFR, menée dans cinq centres de médecine physique et de réadaptation français avec le dispositif H’ability. Ses résultats sont nets : tous les critères d’acceptabilité, de faisabilité et de sécurité fixés à l’avance ont été atteints. Retour sur cette étude et éclairage du Dr Romain Champagne, médecin MPR au Centre Hospitalier de Laval.

 

 

Le programme de restauration fonctionnelle, référence de la lombalgie chronique

La lombalgie chronique est l’une des premières causes d’incapacité fonctionnelle dans le monde. Pour les patients chez qui une première rééducation n’a pas suffi, le programme de restauration fonctionnelle du rachis constitue la prise en charge de référence. Il associe, en groupe et sur plusieurs semaines, kinésithérapie, reconditionnement à l’effort, ergothérapie et accompagnement psychologique.

Ces programmes sont bien établis. En revanche, la place de la réalité virtuelle immersive en leur sein n’avait jamais été étudiée. Or, la question n’est pas seulement clinique : un outil, aussi prometteur soit-il, n’a d’intérêt que si les patients l’utilisent et si les équipes soignantes l’intègrent dans leur pratique.

L’étude VRFR : cinq centres MPR, un même protocole

L’étude VRFR (Virtual Reality in Functional Restoration) est une étude pilote multicentrique et prospective. Elle a été conduite dans cinq centres :

  • Centre Hospitalier Bretagne Atlantique (Vannes)
  • Centre Hospitalier de Cholet
  • Centre Hospitalier de Laval
  • CHU de Rennes
  • Les Capucins (Angers)

Vingt-trois patients lombalgiques chroniques âgés de 18 à 65 ans et huit soignants y ont participé. En complément du programme de restauration fonctionnelle habituel, les patients ont réalisé trois séances de 20 minutes par semaine pendant 4 à 5 semaines, avec des exercices H’ability ciblant la mobilité du tronc.

L’objectif principal n’était pas de mesurer l’efficacité, mais l’acceptation du casque par les patients et par les soignants, évaluée par un questionnaire validé (modèle UTAUT2) au début et à la fin du programme. Les critères secondaires portaient sur l’utilisabilité, l’adhésion, la sécurité et l’évolution de plusieurs indicateurs cliniques.

Des résultats qui dépassent tous les seuils fixés

Avant de démarrer, les investigateurs avaient fixé des seuils de réussite précis. Ils ont tous été franchis.

Une acceptation élevée, qui progresse à l’usage

Côté patients, l’acceptation dépassait les seuils dès le départ, avec une intention d’utilisation de 6,24 sur 7. Fait notable, elle a encore progressé après l’expérience du casque (6,35 sur 7), avec des gains significatifs sur la facilité d’utilisation, le sentiment de contrôle, l’attitude envers l’outil et le plaisir d’utilisation. Autrement dit, l’essayer, c’est l’adopter.

Côté soignants, l’acceptation a atteint les seuils fixés (5,50 sur 7) et est restée stable tout au long du programme : l’outil s’est intégré au fonctionnement des équipes sans le perturber.

Faisabilité et sécurité au rendez-vous

  • Adhésion de 91,4 % aux séances prévues, pour un seuil fixé à 70 %.
  • Utilisabilité jugée bonne, avec un score SUS de 80,6 sur 100.
  • Aucun événement indésirable grave sur l’ensemble de l’étude.
  • Pas d’aggravation de la douleur pendant les séances de réalité virtuelle : la variation de l’EVA par séance était nulle en moyenne.

Ce dernier point est important pour des patients douloureux chroniques. En effet, une crainte fréquente est que le mouvement réveille la douleur. Ici, les patients bougeaient sans avoir plus mal à la fin de l’exercice.

Des effets cliniques préliminaires encourageants

Au cours du programme, la kinésiophobie (peur du mouvement), les capacités fonctionnelles, la douleur et l’imagerie motrice se sont toutes améliorées de façon significative. Toutefois, l’étude n’ayant pas de groupe contrôle, ces améliorations ne peuvent pas être attribuées à la seule réalité virtuelle : elles sont aussi le fruit du programme de restauration fonctionnelle lui-même. C’est précisément pourquoi les auteurs concluent à la nécessité d’un essai randomisé contrôlé.

Le regard du Dr Romain Champagne, médecin MPR

Médecin MPR au Centre Hospitalier de Laval et maître de conférences associé à l’Université d’Angers, le Dr Romain Champagne a participé à l’étude. Il observe un phénomène marquant chez les patients douloureux équipés du casque :

« Quand on voit des patients douloureux qui ont un casque de réalité virtuelle, on se rend compte qu’ils arrivent beaucoup plus à bouger que dans le monde réel. On ne sait pas trop si c’est le côté ludique, l’immersion, le fait de visualiser ou d’imaginer les mouvements. »

— Dr Romain Champagne, médecin MPR, Centre Hospitalier de Laval

Pour lui, l’intérêt de la réalité virtuelle dépasse le seul cadre du programme de restauration fonctionnelle. Les patients ayant trouvé l’outil très facile à utiliser, il pourrait s’intégrer à différents moments du parcours : en cabinet libéral avec le kinésithérapeute, en centre de rééducation, en attente d’une entrée en programme ou après celui-ci, voire à domicile. C’est l’ambition de H’ability Home, toujours sous l’encadrement d’un professionnel de santé.

VRFR répond à une première question essentielle : la réalité virtuelle immersive est acceptable, faisable et sûre dans un programme de restauration fonctionnelle du rachis. Pour situer ces résultats dans la littérature existante, consultez notre article sur la lombalgie chronique et la réalité virtuelle ainsi que notre page études et preuves scientifiques.

FAQ — L’étude VRFR et la restauration fonctionnelle du rachis

Qu’est-ce qu’un programme de restauration fonctionnelle du rachis ?
Le programme de restauration fonctionnelle du rachis est une prise en charge pluridisciplinaire et intensive de la lombalgie chronique, menée en groupe dans des centres de médecine physique et de réadaptation. Il s’adresse principalement à des patients en âge de travailler pour qui la rééducation antérieure n’a pas suffi.

Qu’est-ce que l’étude VRFR ?
VRFR est une étude pilote multicentrique, prospective, menée dans cinq centres de médecine physique et de réadaptation (Vannes, Cholet, Laval, Rennes, Angers). Elle a évalué l’acceptabilité et la faisabilité de la réalité virtuelle immersive H’ability intégrée à un programme de restauration fonctionnelle pour la lombalgie chronique.

La réalité virtuelle est-elle bien acceptée par les patients lombalgiques ?
Oui. Dans l’étude VRFR, l’acceptation des patients dépassait les seuils fixés dès le départ et s’est encore améliorée après l’utilisation du casque. Par ailleurs, l’adhésion aux séances atteignait 91,4 % et l’utilisabilité a été jugée bonne, avec un score SUS de 80,6 sur 100.

Les séances de réalité virtuelle augmentent-elles la douleur lombaire ?
Non. Dans l’étude VRFR, les séances de réalité virtuelle n’ont pas aggravé la douleur de façon aiguë et aucun événement indésirable grave n’a été rapporté.

L’étude VRFR prouve-t-elle l’efficacité de la réalité virtuelle sur la lombalgie ?
Pas encore. VRFR est une étude de faisabilité sans groupe contrôle. La kinésiophobie, la douleur, les capacités fonctionnelles et l’imagerie motrice se sont améliorées au cours du programme, mais ces effets restent préliminaires. C’est pourquoi un essai randomisé contrôlé est prévu pour mesurer l’efficacité.

Références :

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